Souks et médinas : l'art de marchander, les bonnes manières et les traditions à connaître
Par MALIKI SAID (admin)
Entrer dans une médina marocaine, c'est plonger dans un monde où le commerce est un art de vivre. Les ruelles sont étroites, les odeurs d'épices, de cuir et de cèdre se mélangent, les artisans travaillent à ciel ouvert, et chaque boutique est une invitation à discuter. Pour beaucoup de voyageurs, la première visite d'un souk est aussi intimidante que fascinante. Voici comment l'aborder avec plaisir, respect et un peu de méthode.
Comprendre le souk avant d'y entrer
Un souk n'est pas un simple marché : c'est une organisation sociale et économique séculaire. Les artisans sont regroupés par métier dans des rues dédiées : ferronniers, tanneurs, tisserands, teinturiers, bijoutiers, marchands d'épices. Ce système facilitait autrefois le contrôle des qualités et la transmission des savoir-faire.
Aujourd'hui encore, beaucoup de boutiques sont tenues par des familles depuis plusieurs générations. Discuter, offrir un thé, prendre le temps : ce n'est pas une perte de temps, c'est le cœur de la relation commerciale.
L'art de marchander, mode d'emploi
Marchander n'est pas un combat, c'est une conversation. La plupart des prix sont fixés pour laisser de la marge à la discussion. Voici une méthode simple, éprouvée par des milliers de voyageurs.
- Regardez avant d'acheter. Faites un tour, comparez les prix et la qualité de produits similaires. Vous saurez vite ce qui est raisonnable.
- Ne montrez pas un enthousiasme excessif. Un intérêt marqué fait grimper le prix de départ. Restez courtois et détendu.
- Proposez un prix qui vous convient réellement. Si le vendeur annonce 400 dirhams, commencez autour de 40 % à 50 % de ce prix, et attendez-vous à vous retrouver quelque part entre les deux.
- Soyez sincère. N'annoncez pas un prix que vous n'êtes pas prêt à payer, car conclure une négociation est un engagement moral.
- Restez souriant. L'humour et la patience valent mieux que la fermeté.
- Sachez partir. Si le prix ne vous convient pas, remerciez et poursuivez votre chemin. Souvent, le vendeur vous rattrape avec une meilleure offre.
- Si vous proposez, vous achetez. Une fois un prix accepté, on n'y revient pas.
Ce qu'il vaut la peine d'acheter, et à quoi faire attention
- Les tapis : demandez la provenance (Beni Ouarain, Boucherouite, Kilim…), les matières (laine, coton), la technique (noué, tissé). Un vrai tapis berbère est un investissement ; prenez le temps.
- Le cuir : babouches, poufs, sacs. La qualité varie énormément, vérifiez les coutures et l'odeur (un cuir bien tanné n'est pas surchargé de produits chimiques).
- L'huile d'argan : cosmétique ou alimentaire, ce sont deux produits différents. Achetez-la de préférence auprès d'une coopérative de femmes, qui rémunère mieux les productrices.
- Les épices : demandez à sentir, à goûter. Le ras el hanout varie d'un marchand à l'autre, jusqu'à plus de vingt ingrédients.
- La poterie et les zelliges : souvent fabriquées à Fès, Safi ou Tamegroute.
- Les bijoux berbères : argent, ambre, corail. Attention aux contrefaçons.
Pour les achats importants, n'hésitez pas à demander une facture, et à vous renseigner sur les conditions d'expédition internationale si vous ne souhaitez pas porter vous-même.
Les pièges classiques, et comment les éviter
- Le « faux guide » qui vous propose de vous accompagner à votre hôtel ou à une boutique « de sa famille » : il touche une commission sur vos achats. Refusez poliment ou engagez un guide officiel.
- L'étalage sans prix affiché : demandez toujours le prix avant d'accepter un thé ou un service.
- Les « fermetures de tannerie » ou « le souk est fermé aujourd'hui » : un mensonge fréquent pour vous détourner. Vérifiez sur place.
- Les produits non authentiques : épices colorées artificiellement, safran trop bon marché, « argan » mélangé à d'autres huiles.
- Le « henné noir » proposé sur les places : il peut contenir un produit chimique (PPD) qui provoque des brûlures. Préférez le henné naturel, orangé à brun.
Les bonnes manières : s'habiller et se comporter
Le Maroc est un pays accueillant et habitué aux voyageurs. Quelques usages sont pourtant appréciés et facilitent le contact.
- S'habiller avec simplicité : épaules et genoux couverts pour les femmes comme pour les hommes sont une marque de respect, surtout dans les villes moins touristiques et dans les lieux religieux. Les tenues de plage restent pour la plage.
- Saluer : « Salam alaykoum » (que la paix soit avec vous) ou « Bonjour » suffit. Un sourire et quelques mots d'arabe ou de darija sont toujours bien reçus.
- Demander avant de photographier : surtout les personnes et les enfants.
- Utiliser la main droite pour manger, donner, recevoir.
- Retirer ses chaussures si vous entrez dans une maison.
- Ne pas montrer d'impatience : le temps marocain est plus lent.
Visiter les lieux de culte
La plupart des mosquées sont réservées aux musulmans, à l'exception notable de la mosquée Hassan II à Casablanca, qui se visite avec guide. De nombreuses médersas, anciennes écoles coraniques, sont en revanche ouvertes aux visiteurs et offrent un aperçu magnifique de l'art islamique. Respectez le silence et les horaires de prière.
L'hospitalité marocaine et la tradition du thé
Si vous êtes invité chez quelqu'un, ou même simplement dans une boutique, on vous offrira probablement du thé à la menthe. Accepter est une marque de respect et de politesse. Dans une maison, on vous servira en premier, vous êtes l'hôte. Il est d'usage d'apporter un petit présent : dattes, pâtisseries ou sucre, c'est l'intention qui compte.
Pourboires : combien et à qui ?
Le pourboire est une pratique courante et attendue.
- Restaurant : environ 10 % si le service n'est pas inclus.
- Café : quelques dirhams.
- Guide : une somme à la journée, selon la qualité et la durée.
- Chauffeur : idem, avec un geste à la fin du voyage.
- Porteur de bagages : quelques dirhams par valise.
Le Ramadan : quelques repères
Pendant le mois de Ramadan, les musulmans jeûnent du lever au coucher du soleil. Les rythmes de la ville changent : les commerces ouvrent plus tard, les restaurants pour touristes restent généralement ouverts, les soirées sont plus vivantes. Évitez de manger, boire ou fumer ostensiblement devant des personnes qui jeûnent, et profitez de l'ambiance chaleureuse du ftour si l'on vous invite.
Au Maroc, la relation compte autant que la transaction. Prenez le temps, souriez, écoutez : on vous le rendra au centuple.
Un guide local peut transformer la visite d'une médina : il ouvre des portes, explique les gestes, présente les artisans. Chez Hors Cadre, nous travaillons avec des guides et des artisans que nous connaissons personnellement, pour que chaque rencontre soit juste et respectueuse.